L'histoire
du carnaval
Au
commencement, le carnaval (kannaval
en créole) n'était
qu'une modeste fête populaire
que célébraient
les catholiques italiens avant
l'austérité du
carême. La tradition
du carême bannissant
toute alimentation carnée
et graisseuse, les italiens
baptisèrent leur fête "carnelevare" qui
signifie "enlever la viande".
Compte tenu du succès
grandissant de ces "carnelevares",
d'autres pays catholiques d'Europe
(la France, l'Espagne, le Portugal)
ont décidé d'adopter
la même pratique.
Sous l'effet de la colonisation des Amériques et d'autres régions
dans le monde, le carnaval se propagea notamment aux Antilles. En Guadeloupe
où seuls les colons pouvaient fêter le carnaval au début
de la colonisation, les esclaves africains apportèrent par la suite
leur touche culturelle à cette fête d'origine européenne
(les tambours, les masques, les chants,etc). Les esclaves voyaient en cette
fête une occasion inespérée de se défouler mais
aussi de tourner en dérision par les déguisements notamment leurs
maîtres dominateurs.
Idée de dérision qui sera reprise dans les années 80 par
le groupe "akiyo" qui n'hésita pas à endosser la couleur
kaki et le casque coloniaux, symboles de l'oppression coloniale. Le préfet
de l'époque se souleva contre cette pratique "irrespecteuse".
Il n'était pas rare de voir les esclaves en possession de fouets, manifestation
de la domination des colons.
En somme, le carnaval a toujours été considéré comme
un exutoire et comme un moyen de dérision.
Les
préparatifs du carnaval
En
Guadeloupe les festivités
carnavalesques débutent
véritablement au mois
de janvier après l'Epiphanie.
Avant les jours gras, on assiste à de
très nombreux défilés
(des groupes, de masques, de
la population et des scolaires,
etc) en particulier chaque dimanche.
Ces défilés de
masques constituent pour certains
jeunes, un moyen de se faire
de l'argent après avoir
dansé et chanté de
porte à porte ou arrêtant
les automobilistes le dimanche
matin notamment.
Les villes de Pointe-à-Pitre et de Basse-Terre constituent les principaux
centres d'attraction. Il convient de mentionner de nombreux concours (du roi
et de la reine du carnaval, du meilleur groupe, de la meilleure musique, du
meilleur costume, etc) à Pointe-à-Pitre. La reine trônera
en tête des défilés tout au long des jours des jours gras.
La musique des défilés est assez spéciale. Elle est produite à partir
d'objets de récupération divers (bouteilles, bidons de viande
salée en plastique de taille différente frappés avec un
bâton à l'extrémité rembourrée de tissu et
de caoutchouc, calebasse pour le "chacha" garnie de graines de réglisse,
bois-bambou, conques de lambi, etc), de sifflets, le Tiyobanbou (tuyau de bambou),
Siyak Tanbouras (tambour plat et rond).
Les réveils en pijama et les retraites aux flambeaux le soir à la
lumière des "chaltouné" et au son des tambours constituent
deux autres pratiques fortes du carnaval Guadeloupéen.
Des
masques éffrayants
Les
masques sont omniprésents
surtout les dimanches ou lors
des nombreux défilés.
Le terme "masque" désigne à la fois l'élément
matériel mais aussi la personne qui porte le masque. Ici encore, l'aspect "dérision" au
coeur du carnaval guadeloupéen reste omniprésent. C'est ainsi
qu'on peut voir des masques de certaines personnalités publiques ( messieurs
Mittérrand, Chirac, Giscard D'Estaing,etc).Par ailleurs, nombreux sont
les enfants qui se déguisent et viennent danser, chanter devant les
maisons ou dans les rues en arrêtant les automobilistes afin de récolter
un peu d'argent. Parmi les masques les plus en vogue citons le Mass A con'n
dont le costume est fait de feuilles de bananier séchées. Il
est retenu par une corde ou par une chaîne et tente par tous les moyens
de s'échapper. Autres masques redoutés : les "Mas A kongo",
les "Mass a kinnkong", les "mas a lanmò" qui le
soir venu au son des tambours, enveloppés dans de grands draps blancs
et munis d'épingles pourchassent tous les individus encore dehors.
Les
groupes carnavalesques
Traditionnellement,
les groupes carnavalesques sont
classés selon leur système
de musique en trois catégorie
:
-Les groupes à cuivre (ex.Waka).Ces groupes utilisent des instruments
fabriqués de manière artisanale (exemples :caisses claires, gros
tambours en plastique, conques de lambi, chachas,etc).
-Les groupes à peau (ex. Akiyo). Ce sont des groupes traditionnels indépendants.Ils
utilisent de petits tambours couverts de peau d'animal,(ex.cabri), des fouets
et d'autres instruments traditionnels.
-Les groupes de synthétiseurs (ex.Volcan).Ces groupes existent depuis
dix ans.En plus des instruments traditionnels, ils ont recours aux instruments
plus modernes (ex.synthétiseurs, basses, micros...).Par ailleurs citons
les groupes :kontak, nou mèm de Pointe-Noire, mango dlo de Basse-Terre,
50/50 du carénage,etc.
Présentation
de quelques-uns de ces groupes
:
Akiyo
: un mouvement culturel très
actif
C'est
le groupe carnavalesque le plus
populaire de la Guadeloupe et
des antilles. Akiyo fondé en
1988, s est positionné d'emblée
sur un terrain militant et de
résistance culturelle.
En effet, il reprend à son
compte la musique des laissés-pour-compte
de la société (musique
Mass à Saint Jean). De
plus, ce groupe n'a pas cessé de
dénoncer la répression,
le malaise social, le colonialisme,
les guerres et les essais nucléaires.Dans
les années 80, période
d'arrestations des indépendantistes
guadeloupéens le groupe
fut accusé d'être
un bastion de terroristes. En
1985, la décison du préfet
de l'époque d'interdire
ce groupe entraina la descente
dans les rues de plus de 8 000
personnes. Sur le pur plan du
carnaval, ce groupe a remporté de
nombreux concours et est incontestablement
un puissant vecteur de diffusion
mondiale de cette forme de musique
de par notamment les nombreux
albums et concert qu'il met en
place. Dernier exemple en date
sa présence remarquée
le 20 janvier 2002 au théatre
de l'Odéon à Paris
dans le cadre de "identité caraïbe".
Kasika
: spécialiste du carnaval
et de la noël
Kasika
est une association culturelle
déclarée en 1988
et dont le siège se situe
dans la section de Fonds-cacao à Capesterre
belle-eau.
En dehors de ses nombreuses autres activités culturelles, kasika possède
une section carnaval. Cette dernière comprend 150 personnes, musiciens
et danseurs. Ce groupe connu au travers de son fer de lance Benzo (moïse
Benjamin) a remporté de nombreux prix carnavalesques. Citons celui du
meilleur groupe de la Guadeloupe au plus grand concours organisé à Basse-Terre
pour le Mardi Gras en 2000 (le MASTER MAGISTER 2000) et 2 ème en 2001.
Ce groupe possède aussi un site web : kasika.com
Le
groupe Matamba de Saint-François
Bien
que participant aux défilés
depuis 1980, le groupe Matamba
devient une association loi 1901
en 1982. La spécificité de
ce groupe les défilés à pied.
Composé d'une centaine
de membres, Matamba possède
un palmarès actif. 1995:
1er prix de musique et 2ème
groupe à pied au concours
de Pointe-à-Pitre. 1996:1er
prix au concours de Sainte-Rose
organisé par le groupe
Van lévé; 1er prix
au concours du Lamentin ; 1er
prix du Moule ; 3eme prix de
musique au concours de Pointe-à-Pitre;
5em prix au concours de groupe à pied
de Pointe-à-Pitre.
Le
groupe waka
Ce
groupe compte plus de 17 ans
d'existence et 250 membres.
Vainqueur des Masques d'or en 2001. Son premier album s'appelle "MIZIK'AVAN".
Compilation de musique de Noël, de carnaval et de gwo ka.
Le
groupe voukoum de Basse-Terre
Gran voukoum kiltirel an vil Baste
Voukoum
est un mouvement culturel travaillant
pour la sauvegarde du patrimoine
culturel guadeloupéen.
Sur le carnaval , le groupe fait
des recherches sur les masques
traditionnels et retour à la
musique ancestrale " MIZIK
A MAS GRO SIWO".
Les
jours gras
Le
carnaval grimpe en intensité durant
les jours gras (lundi et mardi
gras et le mercredi des cendres).
Le lundi gras est consacré aux mariages burlesques. Des couples suivis
d'un long cortège se présentent devant le prête et l'officier
d'état civil. L'homme est déguisé en femme et la femme
est costumée en homme. Ces mariages assez droles déclenclent
la joie du public et traduisent le double aspect de fête et de satire
qui
Le mardi gras représente le point culminant du carnaval tant au niveau
musical, des déguisements, de l'originalité. Les réjouissances
sont ouvertes par la reine du carnaval. Les concours sont nombreux (meilleur
groupe, meilleur costume,etc).
Le mardi gras, les petits diables rouges embrasent les rues bondées
de Pointe-à-Pitre et Basse-Terre. .
Autre attraction, le Neg Gwo siro, figure emblématique du carnaval guadeloupéen.Le
mardi gras précède le carême période d'abstinence
alimentaire. On se prive de la viande, des graisses et des oeufs. La spécialité culinaire
du mardi gras est la consommation des beignets. Recette des beignets.
Le lendemain, le mercredi des cendres la foule travestie en noir et blanc en
signe de deuil, brûle l'effigie du roi Vaval dans un déferlement
de danses et de chansons.Dans ma commune Pointe-Noire, située en Basse-Terre,
rien n'est laissé au hasard pour brûler "vaval" : un
prêtre, des sœurs, des fidèles éplorés au corps
couverts de farine. Le parking municipal servant de lieu d'inhumation de sa
majesté "vaval". vaval est la proie des flammes devant une
foule triste chantant "vaval, vaval, vaval ka kité nou, malgré la
vi la rèd, vaval ka kité nou"
La
mi-carême
Heureusement,
la mi-carême à mi-temps
entre le carnaval et pâques,
les célébrations
carnavalesques reprennent vie
pendant un jour. Journée
des diables rouges et noirs,
tout le monde s'habille ainsi
pour marquer la résurrection
de vaval.