Croyances,
Florilèges , Manifestation
et tradition.
En
Guadeloupe, le "quatre-chemin" ou
carrefour, la case, le cimetière
sont des lieux favoris de
manifestations magiques.
Amenée d'Afrique, la croyance dans le
surnaturel reposait, sur l'existence d'une âme,
d'un esprit plus ou moins divin à l'intérieur
de certains animaux. Attention aux crapauds cadenassés,
aux anolis marrés, aux poules noires attachées
par les pattes. Le soucougnan vole dans les airs
pour accomplir son méfait ; le dorlis
qui visite les endormies la nuit et abuse d'elles
; le morphoisé, personnage se transformant
en animal, et enfin les esprits des morts, les
zombis. Le quimbois désigne la pratique
qui confère une force magiques à un
objet inanimé, et par extension l'objet
lui-même. Elle est le fait de quimboiseur,
appelé aussi séancier ou gadézafé.
Les philtres, c'est-à-dire des breuvages
magiques qui servent à envoûter
ou à désenvoûter. On les
trouve sur les marchés ou on les fait
fabriquer par le quimboiseur, avec un peu d'eau
de mer prélevée à l'embouchure
des rivières, mélangées à des
substances végétales ou animales.
Florilège
de rites et autres manifestions
magiques
Les
lieux magiques . En
Guadeloupe, les lieux magiques
sont très fréquents
et figurent sur les ordonnances
des marabouts et autres sorciers.
A ces endroits le quimbois
conseille de déposer,
d'enterrer des objets qu'ils
ont préparé à l'avance.
Parmi ces endroits magiques,
citons le quatre-chemin ou
carrefour, la case, le cimetière, à l'église,
etc.
Le
royaume des talismans .
Ces objets ou images préparés
rituellement par des prêtres
ou voyants dans le but de leur
conférer un pouvoir
magique ou protecteur sont
très utilisés
en Guadeloupe. Souvent on entend ça
et la, "ayen pé ké rivé mwen,
kar an tini on protègement" (rien
ne m'arrivera car je porte
une protection).Ces objets
renfermant souvent des prières
sont portés par les
individus dans les slip ou
dans les soutiens-gorge attachés
par des épingles. Une
autre pratiquement liée à ce
mythe du "protègement",
les voitures sont souvent bénies
ou emmenés chez le gadè zafè afin
d'être protégées
contre tout accident. Car chaque
accident même le plus
banal reçoit une interprétation
magique "i kuyé ti
moun an mwen malfétè la" (le
malfaiteur a tué mon
enfant) vocifèrent souvent
les mères endeuillées.
L'omniprésence
des chapelets .
En Guadeloupe surtout chez les
personnes d'un certain âge,
il n'est concevable de se déplacer
(à l'église, en
voyage, dans les rues, etc.)
sans être en possession
de son chapelet. Pour information,
un chapelet complet se compose
d'une série de prières
: un "je crois en dieu";
un "notre père";
10 "je vous salue" et
pour finir un "gloire au
père". Série
de prières à faire
5 fois pour faire un chapelet
complet qui alors le nom de rosaire à la
Sainte vierge. En disant "an
ké pran chaplé an
mwen si tèt aw" (je
prendrai mon chapelet sur ta
tête) certaines personnes
détournent le côté bienfaiteur
du chapelet à des fins
de nuisance. Les chapelets ornent
aussi les pare-brise des voitures.
Les
neuvaines . Cette succession
de prières pour obtenir
une grâce en amour, argent,
santé,
examen, ménage, etc durent le plus souvent
9 jours. Les prières sont dites à genoux
en présence d'une bougie allumée à une
heure fixe chaque jours (le soir,à midi,
le matin) à l'intérieur comme à l'extérieur
des maisons. A titre d'exemple,
la neuvaine de Saint Antoine de Padoue pour demander
tous les secours spirituels et temporels; les neuvaines
de Saint-Georges et de Saint-Joseph pour le travail,
les concours, les examens; les neuvaines de Sainte-anne
et Sainte-hélène pour le couple.
Les
zombis . Surtout en
milieu rural, il n'est rare
encore aujourd'hui d'entendre
certains parents dire à leurs
enfants terrifiés zombi
la ké chayé'w
(le zombi va t'emporter). Il
faut dire que de tous les esprits,
le zombi est le plus connu
et craint. Il emprunte la forme
d'un homme très grand
sans tête(remplacée
par un arbre) ni bras, il est
ainsi condamné à errer
sans fin sur terre. Dans les
cases, il y a toujours un petit
coin à terre avec du
sable pour décourager
les zombis, censé compter
tous les grains avant de franchir
le seuil.
Le
dorliis ou l'homme au
bâton . Le mythe du dorliis
ou "l'homme au bâton",
est un esprit malin qui abuse
des femmes pendant leur sommeil.
Le dorliis est au centre du
livre à succès
du poète guadeloupéen
Ernest Pépin "l'homme
au bâton, 1992 ed.Gallimard).
C'est l'histoire d'une jeune
fille de bonne famille, Lisa,
visitée la nuit, qui
se trouve enceinte. La nouvelle
alimente une vraie psychose
collective, et la population
se lance dans des chasses à l'homme
au bâton qui dégénèrent
en émeutes.
Là encore, il existe de nombreuses prières
pour conjurer le dorliis : prière de Saint
Athanase contre les esprits possesseurs, impurs,
volants, dorlis, bruits, odeurs, etc, sans oublier
la célèbre prière de Saint
Marcoul contre les vieux rêves, cauchemars,
réveil la nuit et dorlis.
Les
diablesses . On dit
de la diablesse dans l'imagerie
populaire que c'est une femme
très belle qui guette
les hommes les nuits afin de
les séduire pour leur
plus grand malheur. Elle est
représentée dans
les esprits sur une charrette
lancée à toute
allure, jouant du tambour.
Les
maisons hantées .
De la maison de Zévallos
au moule à la simple
case qui brûle de façon
inexpliquée, la légende
de la maison hantée
est encore bien vivace. Les
lieux qui ont été l'objet
de tueries ou d'affrontements
seraient souvent hantés.
Le
bain-démarré .
Afin que la nouvelle année
chasse toutes les déveines,
rien ne vaut un traditionnel "bain-démarré".
Le rituel commence à minuit
le soir du 31 décembre
par une baignade à l'embouchure
d'une rivière ou dans
la mer. Il faut ensuite se
frotterle corps avecune queue
de morue pour se débarrasser
des mauvaises influences de
l'année écoulée.
De retour à la maison
seconde phase du rituel par
un bain de feuillages. Les
plantes porteuses de prospérité seront
mises à bouillir dans
un canari. A noter le bain
démarré "version
hindoue" : après
une triple purification par
l'eau, le feu et le rhum, la
famille partage son premier
repas de l'année, un
colombo (chanblanni).
Le
quimbois ou gadèzafè .
Tous, blancs et noirs, riches
et pauvres, vont chez le quimboiseur.
La légende raconte que
même des hommes politiques
très connus de place
ne se privent pas à recourir
aux services des quimbois lors
des élections notamment.
A ce propos le quotidien local "France-Antilles" titrait " Les
hommes politiques dans le quimbois
et la voyance" .On y va
pour demander des conseils,
en amour en travail, en argent,
pour se protéger contre
les mauvais esprits et aussi
pour jeter un sort à son
prétendu ennemi.Parmi
les quimbois, on compte beaucoup
d'africains, d'haïtiens
localisés surtout à Pointe-à-Pitre.
Le quotidien local "France-Antilles" fait écho
souvent dans ses colonnes de
faits magiques et donne aussi
en dernière page l'adresse
des marabouts qui se font appeler
sans scrupule "professeurs".
Les sommes exigées souvent
avant résultat
qui plus est en espèces peuvent être
conséquentes et ruiner une famille. Ces "escrocs" parient
sur le désespoir, les problèmes de
la population à un moment donné de
l'existence.
Pour
une étude détaillée
de ce phénomène
vivace un livre : Revert (la
magie antillaise, Bellenand,
1951) qui reproduit le "cahier
des quimbois"donnant une
série de recettes assez
inquiétants.
Les
chapelles votives .
Dans des troncs d'arbres, dans
des abris disséminés
en pleine nature sont exposées
des statues de la vierge ou
des images des saints que les
passants viennent fleurir et
garnir de bougies. Ces endroits
sont aussi l'objet de séances
intensives de prières,
de demande de grâce.
Le
mythe de l'eau
bénite . Cette
eau aurait pour propriété de
chasserle mal, soulager les personnes
ensorcelées, en somme
elle assure la protection. Au
même titre le pain bénit
assure soulagement et protection.
D'après J-B Labat "Tous
les Nègres ; ils en mangent
lorsqu'ils se trouvent mal, ou
quand ils craignent .
Le
pouvoir maléfique des
animaux . Le quotidien
local disait dans ses colonnes à propos
des animaux et la sorcellerie
: ils protègent, ils
guérissent et affaiblissent.
Il faut savoir que les croyances
sont basées sur l'animisme,
c'est-à-dire sur l'existence
d'une âme, d'un esprit
plus ou moins divin à l'intérieur
de certains animaux. D'où la
grande valeur religieuse ou
magique des
sacrifices d'animaux notamment. Le crapaud cadenassé ou
criblé d'épingles, poules noires
attachées par les pattes, le crabe noir
appelé "crab sosié"restent
les animaux ayant le plus grand pouvoir magique.
Mais il y a aussi les papillons, les araignées,
les libellules, les chèvres (kabrits en
créole).
Les
philtres ou pobans en créole .
Ce sont des breuvages magiques
au nom enchanteur : foin coupé,
l'eau de désenvoûtement,
eau de victoire, eau homme
fort, eau jambé barrière,
eau de Saint-Michel, eau main
puissante, eau pas kité moin,
chaine des esprits supérieurs,
maîtresse des hommes,
venez-à-moi, caractère
des hommes, amour sans fin,
baume commandeur. Ces breuvages
servent à envoûter
ou à désenvoûter.
On les rencontre sur tous les
marchés ou ils sont
fabriqués "sur
mesure" par les quiboiseurs.
Ces derniers délivrent
de vraies ordonnances aux personnes
les consultant composées
de feuillages en tout genre,
de philtres et de psaumes.
Un
livre mythique : le recueil de
44 prières